Accusés, levez-vous ! – chapitre 11

Accusés

J’aurais voulu lui crier tout ce que j’avais à dire, lui balancer les mille et une questions qui trottinent là en ce moment dans ma tête, mais à quoi bon ? Il n’aura aucune réponse pour moi de toute façon. Alors, je me prêtai, bien fait, au jeu le plus hypocrite auquel nous nous adonnons tous les jours :

  • Non tout va bien, j’ai juste un peu mal à la tête…
  • Ah, je comprends pourquoi Monsieur m’a demandé de vous ramener et avant la fin de la soirée. Ne vous inquiétez pas, avec quelques médicaments, ça va passer.
  • Compris…
  • Demain quand je passerai vous chercher avec Monsieur pour le cours, j’espère vous retrouver en forme.

Oui, depuis un mois, Alex s’était donné pour habitude de venir me chercher à la maison pour qu’on aille au cours ensemble.

  • Vous me retrouverez en forme grâce à Dieu…

Il me déposa devant la porte et je n’eus pas le courage ni le temps de répondre à son « Bonne nuit Mademoiselle » car j’étouffais un sanglot.

Allongée sur ce lit, ce soir, il me paraissait trop grand, j’avais l’impression d’être si petite, si insignifiante, comme une goutte d’eau dans la mer et mes larmes avaient raison de moi. Quand la douleur est profonde, intenable, grande, les larmes, on ne les cherche plus, nos lèvres n’ont plus la force de s’ouvrir, ni pour accompagner ces larmes ni pour dire quoi que ce soit, elles font vœu de silence. J’eus l’impression de me noyer, d’étouffer, de ne plus exister.

‘‘Mais oui, si je le veux, je peux ne plus exister, maintenant, je peux mettre fin à cette douleur et être libre, et ce, pour toujours. Mais évidemment que j’ai le choix, c’est assez facile, j’ai entendu pleins d’histoires sur internet sur comment le faire. Bien fait, ça va marcher et il n’y aura pas de retour en arrière.’’

Je me levai d’un pas décidé, comme hypnotisée, et me dirigeai vers la cuisine, tout le monde dormait à cette heure. Je cherchais, une fois dans la cuisine, deux boites, celles que j’avais en tête avant d’arriver dans la cuisine. Je me retournai comme si quelque chose ou quelqu’un me dit « Ils sont là, derrière toi !!! » et je vis les bidons d’acide et de javel. Le temps pour moi d’attraper les deux bidons, ma main frappa, par inadvertance, le couvercle d’une marmite et tomba. Le bruit qui retentit sonna comme une alerte pour moi et comme une alarme pour ma tante et la domestique qui accoururent aussitôt dans la cuisine. Elles me dévisageaient d’un air interrogateur :

  • Mais que fais-tu là, Lucienne ? Que se passe-t-il ? Demanda ma tante.
  • Lucienne ça va ? Pourquoi tu ne réponds pas ?

J’étais comme en train de revenir d’un état second.

  • Non rien Aunty…
  • Rien ? Et que fais-tu là en pleine nuit ?
  • Je… je… cherchais…
  • Tu cherchais quoi ? Bon sang
  • À manger, je cherchais à manger. J’avais un peu faim et je m’étais levée pour voir si je trouverais quelque chose pour calmer ma faim. Excuse-moi Aunty, je n’ai pas fait attention… Je suis vraiment désolée.
  • Non ? ne sois pas désolée, tu as trouvé quelque chose ? On a fait du riz.
  • Oui, c’est bon, j’ai trouvé. Vous pouvez retourner vous coucher. Et encore une fois, toutes mes excuses…
  • Ok, va te coucher aussi maintenant, tu as cours demain matin. Bonne nuit à toi.

Chacune d’elles retourna retrouver son lit. Quant à moi, clouée là, je ne comprenais pas encore ce qui venait de se passer ; je décidai, après quelques minutes, d’obéir à ma tante et de retourner me coucher, ou plutôt m’allonger, car je ne fermai l’œil de la nuit.

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