L’effet Matilda : contributions des femmes scientifiques marginalisées

L’effet Matilda : contributions des femmes scientifiques marginalisées

Faisons un exercice très simple : pensez à une femme qui a fortement marqué l’histoire des sciences. Vous l’avez ? Parfait. À présent : choisissez quelqu’un d’autre que Marie Curie. Il vous serait peut-être difficile de dérouler une longue liste de femmes scientifiques ayant eu de l’impact sur l’histoire de la science, mais croyez-moi, elles sont pléthores.

 « L’effet Matilda », de quoi s’agit-il ?

L’effet Matilda désigne le déni ou la minimisation récurrente et systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins.

C’est un effet qui désigne des cas dans lesquels les travaux scientifiques réalisés par les femmes ne leur sont pas attribués. Magaret Rossiter théorise dans les années 1980 l’effet Matilda.

Robert King Merton
Robert King Merton

En effet elle constate que les femmes scientifiques profitent moins des retombées de leurs recherches au profit des hommes.

Elle a approfondi la théorie de Robert King Merton sur l’effet Matthieu. Dans les années 1960, ce sociologue s’est intéressé à la manière dont certaines grandes figures étaient reconnues au détriment de leur collègue ou de leur proche qui eux aussi avaient participé à la réussite de ces mêmes travaux.
Il développe une théorie sur l’inégalité du succès : Si on est connu, on va avoir de plus en plus de visibilité, de gloire ; si on ne l’est pas on va tomber sur les côtés de la parabole qu’est le succès et on entendra encore moins parler de nous et de nos travaux.
Il nomme cette théorie l’effet Matthieu en référence à un verset de l’Évangile selon Mathieu 13,12. Ainsi dans les années 1980, Margaret Rossiter s’inspire de ce concept et le théorise plus profondément. En effet, elle remarque que l’effet Matthieu est largement plus présent quand il s’applique aux femmes scientifiques.
Elle décide de nommer ses propres recherches effet Matilda en honneur à la militante féministe Matilda Joslyn Gage qui dès la fin du 19e siècle avait remarqué qu’une minorité d’homme avait tendance à s’accaparer la pensée intellectuelle de femmes.

Matilda Joslyn Gage - Effet matilda
Matilda Joslyn Gage

Quelques cas d’Effet Matilda recensés

  • En médecine par exemple,
    – Trotula de Salerne: Femme médecin italienne, chirurgienne et enseignante
    Elle écrit  « Le Soin des maladies des femmes », un ouvrage de référence sur la gynécologie. Pourtant ce traité a été par la suite attribué à des hommes.
    Rosalind Franklin, qui a découvert la structure hélicoïdale de l’ADN mais spoliée par Watson et Crick.

ADN
          – Marthe Gautier découvreuse de la Trisomie 21 (Syndrome de Down) mais attribué à Jérôme Lejeune.

  • En Astrophysique,

         – Jocelyn Bell Burnell qui a découvert le tout premier pulsar (une étoile à neutrons émettant un fort rayonnement électromagnétique), en 1967. Mais même s’il n’en était pas responsable, ce fut son supérieur Anthony Hewish qui obtint le prix Nobel de physique pour cette découverte.
Pulsar

  • En physique :
    – Lise Meitner physicienne autrichienne injustement ignorée au Prix Nobel pour ses découvertes sur la fission nucléaire alors que son collègue Otto Hahn le reçut en 1944.
    – Mileva Malic (épouse d’Einstein) l’oubliée de la théorie de la relativité.

    Rendons à César, ce qui est à César.
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